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De Sète à Minorque. Premières navigations, premières émotions.

Dernière mise à jour : 30 août 2021

Après la pluie vient le beau temps. Nous partons donc jeudi 5 août, à l’aube, après avoir embrassé la veille tous ceux restés à terre. De loin, sur la digue, nous apercevons nos parents qui se font vite de plus en plus petits : le temps est idéal. Après avoir monté les voiles, nous avançons déjà telle une fusée à plus de 10 nœuds. La journée promet d’être parfaite.



5 minutes plus tard, l’excitation retombe nette. Un coup d’œil sur la grand voile. Une laize de la partie haute s’est décousue. Les plans du jour tombent à l’eau. Pas d’autres choix que de rebrousser chemin et revenir à Sète. Un peu de déception mais rien de grave, nous nous sommes "préparés" à vivre ce genre d'aléas. On retrouve les parents ! Grace à la disponibilité et au professionnalisme de Clipper Voiles et à l’aide inestimée de Philippe, cette escale technique intense durera 24h. On se serait presque vu de retour aux Sables d'Olonne avec notre équipe technique pour prendre le départ de la grande boucle ! Entre temps nous complétons notre trousse de couture pour savoir gérer pareille situation au milieu de l’Atlantique !


Nouveau départ vendredi 6 août. La météo est nettement moins favorable avec un vent de face. Aussi nous ferons escale, sous les judicieux conseils de Philippe, dans la rivière de l’Orb, qui mène à Beziers. Le site est ravissant et surtout très paisible, en zone natura 2000. Le bateau est posé au milieu, à l’ancre. Le vent nous fait chatouiller une rive puis l’autre. Personne n’a très envie de se baigner avec les ragondins. Mais chacun est ravi finalement de cette pause atypique, pleine de contraste après l'effervescence du départ et du port de Sète.




Une première excursion en annexe (petit bateau gonflable motorisé qui nous permet de descendre à terre) nous permet de découvrir au hasard d'une rencontre, la station SNSM de Valras Plage. C'est le "patron" en personne qui nous fait visiter avec passion et dévouement, son canot de sauvetage 1ere classe. Il en profite pour nous donner quelques conseils. Quel symbole !



Après une bonne de journée de repos nous reprenons la mer : avant de quitter la France, nous nous arrêterons pour profiter du joli site de Collioure. Nous profitons d'une vue à 360° sur la ville fortifiée. Les garçons, contraints sur le bateau, font les visites à terre en courant. Nous découvrons le château royal qui héberge plusieurs expositions dont l’une sur les canyons du parc naturel marin du golfe du Lion par dessus lesquels nous allons naviguer dans quelques jours. On espère voir le requin pellerin (ou pas).



C’est l’heure de quitter la France et du grand départ vers l’Espagne. Nous mettons le cap vers les îles Baléares pour 160 milles nautiques dans un vent variable de force 1 à 3. Nous partons à 9h et arriverons le lendemain à 13h. Une première petite grande traversée. La première nuit en mer pour cette année 2021, qui promet d’être suivie de beaucoup d’autres.

La journée se passe parfaitement bien, même s’il fait bien trop froid pour la méditerranée ! On passe les Caps Béar et Creus réputés dangereux sans difficultés. On quitte avec nostalgie les eaux territoriales françaises en se disant qu’on y a des secours en mer hors pair.



Il n’y a pas foule sur l’eau. Tant mieux. Le risque de collision avec nous-même est limité. Un problème de moins!

Le vent étant variable, il faut beaucoup manoeuvrer, on sort le spi, on règle les voiles, on observe la mer, on joue, on lit, beaucoup. Gabrielle avale les Agatha Christie, Héloïse et Thaddée, Harry Potter qu’ils n’avaient finalement jamais lus. Merci les Hémar pour le prêt des liseuses !

On cuisine et on fait la vaisselle aussi. A l’eau de mer pour préserver nos réserves d’eau. Un petit bonheur, mais on s’y fait très bien. Nous disposons de deux bâches de 200 litres en tout ainsi qu’une dizaine de bouteilles de 5 litres. Comme nous irons très peu au port, nous devons être économes.




« Dauphins ! Dauphins ! » Avant le coucher du soleil, nous avons la chance d’être suivis pendant de très longues minutes par un banc de dauphins. Ils sont très nombreux et viennent jouer avec les coques du bateau. Ce spectacle est magnifique et les enfants sont évidemment ravis ("un festival" pour Clotaire) ! Nous aurons vu aussi des dizaines de thon sauter autour du bateau. Dommage la canne à pêche n’était pas de sortie.



Puis vient le temps de la nuit. Nuit sans lune, bien noire. On s’organise pour les quarts : Josse veille de 21H à minuit, avec Gabrielle. Puis Caro jusqu’à 3h. De nouveau Josse jusqu’à 6h accompagné quelques temps par Héloise. Thaddée rejoint Caro de 6h à 8h mais se rendort vite.

Ces nuits restent encore impressionnantes pour moi. Surtout couchée dans la cabine. Les bruits et les mouvements sont amplifiés. Ça bouge, ça grince. Il faut avoir sacrément confiance en son bateau, à se faire balloter ainsi, au milieu de la méditerranée, dans la nuit, seuls sur sa petite embarcation !

Mais quand le jour se lève, c’est toujours une grande satisfaction d’avoir réussi à braver les éléments.



Et comme par enchantement, nous voilà sur la côte nord de l’île de Minorque qui a l’avantage d’être préservée. Nous y ferons deux escales, dans la baie de Fornells et dans la cala de Algaierens. C’est l’Espagne, le soleil qui écrase, les rues désertes entre midi et 16h, les façades blanches à la chaux, les fonds clairs, les (quelques) yachts mêlés aux embarcations traditionnelles (Llaut) qui défilent. Tout commence parfaitement bien.




Mais une nouvelle fois, au bout de 5 minutes, c’est le drame. Le hublot de la soute avant est grand ouvert. Alors que nous scrutons des catamarans Outremer arrivant dans la baie, Héloise "disparait". En reculant, elle chute les pieds joints dans cet immense coffre que Josse venait de vider. On la retrouve plus de 2 mètres plus bas étendue à même la coque.

C’est la panique. Je suis prête à composer le 112 et voit déjà l’hélicoptère venir la récupérer. Josse avec un peu plus de sang froid applique le protocole bien appris lors de notre formation médicale dispensée en mai par le Dr Délire de Médidistance. Après auscultation, il en ressort que la pauvre est cabossée de partout mais sans traumatismes graves. C’est l’occasion d’étrenner notre trousse à pharmacie mais il serait bien qu’elle ne sorte pas trop souvent.





Pour l’heure, les grandes excursions attendront…Nous profitons de cette côte sauvage et calme au Nord de Minorque avant de mettre les voiles vers une prochaine île : Majorque !











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