• carofoucart

Escale furtive au Maroc, mais quelle bonne idée !

Cette première nuit au rythme de l’océan se passe merveilleusement bien. Douce, calme et fluide...

Au changement de quart, un bateau de pêche marocain nous appelle en VHF. Il avait simplement envie de parler. Sa voix apaisée au coeur de la nuit raisonne encore en nous.

Après cette nuit parfaite, c'est donc très en forme et la bouche en cœur que nous arrivons vers midi au large de Rabat. Nous sommes encore à 4 milles de la capitale marocaine mais déjà nous apercevons les remparts. Tout l’équipage a hâte d’arriver à quai pour découvrir la ville et s’immerger dans la vie marocaine. Demain, c’est la rentrée des classes. Nous prévoyons de passer une semaine au Maroc pour alterner tranquillement visites et école.



Le port de Rabat se situe sur la rivière de Bouregreg. Des déferlantes sont courantes à l’entrée du chenal et des bancs de sable varient, de sorte qu’il faut appeler en mer le port afin qu’un pilote vienne guider les plaisanciers.

Après quelques appels sans réponse sur la VHF, nous tentons de contacter les services du port via le canal 16 (canal utilisé pour les secours en mer). Immédiatement nous sommes en contact avec un interlocuteur à qui nous exposons notre souhait de débarquer à la marina de Rabat et notre besoin de disposer du pilote pour entrer dans le port. En guise de réponse, nous avons le droit à un « Avez-vous une autorisation spéciale ? », ce qui n’augure rien de très bon… Quelques minutes plus tard, on nous rappelle pour nous annoncer que le port est fermé !

Nos mines se crispent un peu mais le skipper ne se démotive pas et demande à parler à tout Rabat pour tenter d’expliquer notre projet et les rassurer sur l’état de notre vaccination. Après quelques échanges jusqu’à une « Ceci est une décision finale », les services du port nous renvoient vers le port de Mohammedia situé 35 milles plus au sud...


Nous préférons les contacter par téléphone pour ne pas avoir une nouvelle désillusion. De nouveau, après plusieurs échanges, leur verdict est sans appel : nous n’avons pas le droit de débarquer au Maroc. Les ports de plaisance sont fermés pour cause de covid. A priori, nous devons être les seuls plaisanciers à ne pas être au courant ! Pourtant les aéroports sont bien ouverts et à Sète, nous avions vu des ferrys pour Tanger ! L'ambassade ne stipule aucune fermeture de frontières... La plaisance ne bénéficie pas des mêmes règles, ce n'est manifestement pas la priorité de ce pays !


Nous voilà dans de beaux draps. Evidemment très déçus et un peu vexés. Notre prochaine escale envisagée est l’archipel de Madère à 480 milles, soit environ 3 à 4 jours de navigation. Cela nous ennuie de reprendre immédiatement la mer, sans vérifier la météo. Et nous n’avons pas finalisé la mise en route de notre téléphone satellite qui doit nous permettre de télécharger des fichiers météo.


Sur les bons conseils de Violaine -une amie de Josse qui vit au Maroc entre Rabat et Mohammedia- nous reprenons la route vers Mohammedia pour aller nous mettre en douce au mouillage dans la baie. Après 4 heures de navigation très agréable sous spi, nous nous approchons discrètement de la plage vers 19h00. Nous n’aurons toutefois pas le temps de jeter l’ancre, la gendarmerie royale débarque déjà. Je demande aux enfants de sortir dans le cockpit en prenant un air épuisé.


Les marocains parlent tous très bien le français, aussi il n’y a pas d’ambiguité quand ils nous disent « Vous êtes le bateau qui vient de Rabat ? Nous vous avions dit de ne pas venir. » Nous leur expliquons que nous voulons passer ici la nuit pour nous reposer avant de reprendre la mer le lendemain. Ce qu’ils acceptent finalement assez facilement mais nous devons les suivre pour aller mouiller à l’écart des plages et des regards, bien cachés devant les réservoirs pétroliers.


Une fois le bateau ancré, Josse reprend les négociations pour tenter de pouvoir débarquer le lendemain.

Les filles, affligées, supplient leur père d’arrêter de négocier; elles l'imaginent déjà dans une sombre prison marocaine sous le joug du Roi.

Les garçons, imperturbables, campent sur leurs deux préoccupations : « Quand est-ce qu’on prend l’apéro et est-ce que cela se fait de sortir le saucisson ?»


L'interrogatoire de notre escorte militaire amuse les garçons « Quelle est votre profession ? Avez-vous un drone ? Des munitions ? » Pendant nos échanges, un des gendarmes nous filme en permanence. J’ose un peu moins en faire autant.

Après avoir vérifié pendant de longues minutes l’ensemble de nos papiers, nous sommes enfin laissés seuls et pouvons entamer notre apéro bien mérité !


Après une nuit calme sur l’eau, nous sommes déterminés à maintenir la rentrée des classes des enfants sur le bateau. Elle était prévue au Maroc, elle sera au Maroc ! Certaines sont déjà plus motivées que d’autres !



Nous prenons le temps nécessaire durant cette matinée sans vent pour mettre en route notre téléphone satellite, vérifier une dernière fois le routage météo (coup de chance la "fenêtre" est bonne) et espérons un ravitaillement en eau par Violaine qui prend manifestement beaucoup de plaisir à discuter avec les différentes autorités et relations du port avant de démarer sa journée de boulot (Immense merci !).

Nous voyant toujours à l’ancre, la capitainerie nous appelle sur la VHF « Toucan, quelles sont vos intentions ? ». Réponse du capitaine : "notre ravitaillement en eau est vital". Un marocain très sympa, plongeur de maintenance et ami de Violaine nous apportera le précieux liquide en zodiac mais aussi des croissants marocains ! Savoureux ! Mais maintenant, plus le choix que de partir, vers Madère…. A 13h22, nous mettons les voiles pour quitter la baie. Une frégate militaire se positionne à l'entrée du port et attendra pour repartir que nous soyons très éloignés, le Palais surveille !…


Nous longeons la côte jusque Casablanca, admirons de loin la très grande mosquée Hassan II, étrange sensation que de deviner la vie dans ce pays si différent sans pouvoir s'y arrêter. Nous slalomons face au soleil entre les très redoutés filets de pêche marocains qui s'étendent si loin des côtes : la mer est un terrain de mine. Il faut une personne en permanence à l’avant du bateau pour les guetter et ne pas nous y emmêler. Ce qui nécessiterait de plonger en pleine mer pour nous délivrer. Programme que nous préférerions éviter ! Et c’est parti pour 3 nuits en mer plein ouest, notre plus longue traversée jusqu’à présent mais aussi la plus loin des côtes ! Cette déconvenue marocaine aura eu le mérite de ne pas nous laisser le temps de gamberger...


Cap vers le large!








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