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La Graciosa, premiers pas aux Canaries

Ce 22 septembre, nous quittons Madère vers 18h00 de concert avec Wapai, un autre catamaran qui fait route lui vers Santa Cruz de Tenerife. Pour nous ce sera La Graciosa, petite île au Nord-Ouest de Lanzarote. Aussi nos routes se séparent rapidement.

L’ambiance à bord est bonne. La première demi-heure est plutôt sympa, la mer est plate à l’abri de la pointe de Madère. Cela nous laisse le temps de préparer rapidement le dîner. Au loin, nous voyons la ligne d’horizon onduler fortement, le calme devrait être de courte durée !


La route orthodromique passe au Nord des îles Desertas. Et comme nous souhaitons éviter leur dévent au sud mais aussi leurs rafales, nous visons de longer « au plus près » la côte Nord des îles. Nous avions un temps imaginé nous y arrêter. Il s’agit d’une réserve naturelle avec pour seuls habitants, les nombreux animaux et des gardes du parc. Il faut une autorisation pour y débarquer ce que nous avons obtenue. C’est un peu la même chose pour les îles Selvagens, mythiques îles plus au sud qui contrairement à Desertas sont totalement isolées. Elles sont décrites comme « désolées », « sinistres » ou « adorables » par les instructions nautiques. Au choix !

Mais la météo nous fait renoncer : Si nous nous y arrêtons une ou deux journées, nous serons empétolés pour la suite de la navigation. Nous nous contentons de longer la côte Nord de Desertas.



Il est 19h00, le soleil se couche et cela devient « sinistre » ! Désolé, nous avons oublié de prendre des photos ! La machine à laver se met subitement en marche. Les vagues sont grosses, vraiment grosses. A chaque secousse, terrible impression que le bateau va se fendre en deux. C’est notre première expérience dans une mer aussi formée. Les accélérations et les surfs sont impressionnants. Les enfants sont cueillis à froid ! Le dîner est à peine avalé qu’il ressort aussitôt pour notre pauvre Thaddée. Il détiendra le triste record de 6 vomissements en 36 heures de navigation. Heureusement qu’il dort la nuit ! Cela ne lui ôte pas sa joie de vivre. Il ne montre d’ailleurs aucune appréhension. Dans ces conditions, on passe en mode commando : les enfants se préparent tout de suite pour la nuit et rejoignent leurs couchettes. Les filles se mettent à deux à l’arrière chez Gabrielle tandis que les garçons investissent notre cabine. Car à l’avant, avec les vagues, l’amplitude des mouvements est forte ! Je suis toujours surprise de voir que les enfants s’endorment en toute confiance et rapidement malgré les bruits et les mouvements. J’en suis bien incapable ! J’ai toujours besoin d’un peu de temps pour me familiariser avec l’état de la mer.

La nuit est tombée, les vagues sont toujours aussi grosses mais le bateau est bien calé. Il est rapide et, grâce à sa longueur, passe très bien dans cette mer chaotique. Josse semble avoir confiance !

De temps à autre, les vagues arrivent au niveau de ma tête, quelle drôle d’impression !

La nuit se passe finalement sans encombre, notre sommeil sera tout de même très léger. Le bateau file vite. Record de vitesse battu avec une pointe à 14 nœuds.

Le lendemain, la mer est plus calme. En milieu de journée, nous nous retrouvons dans une zone d’entre-deux systèmes météos. Le vent tombe, nous nous faufilons au travers d’épais nuages orageux, bien visibles sur notre radar et qui vont nous suivre. Nous voyons se former une belle trombe marine. Nous n’attendons pas plus longtemps pour mettre les moteurs et faire en sorte d’aller plus vite que les nuages. Il n’en faut pas plus aux filles pour décréter qu’elles iront aux Antilles en avion !




Nous ne leur donnons pas raison : nous réussissons à semer les nuages, retrouvons du vent mais cette fois au bon plein, c’est-à-dire légèrement de face. Là encore, le bateau se comporte bien et notre progression est bonne.



Nous arrivons au mouillage de la plage des français « Playa Francesca » vers 4 heures du matin à la Graciosa quelques heures avant notre prévision initiale. Les craintes d’une arrivée de nuit sont vite passées. Il y a une vingtaine de feux de mats au mouillage qui illuminent le ciel et nous réussissons rapidement à mouiller l’ancre. Le bateau ne bouge plus, le bruit de mer permanent s’arrête, nous sommes arrivés ! Après quelques formalités administratives inutiles (…) nous nous couchons et dormons un peu plus tard que d’habitude pour nous reposer de cette arrivée tardive. Les enfants nous laissent dormir et en profitent pour ranger, nettoyer le bateau, ramasser les trois encornets échoués sur le bateau et préparer le petit-déjeuner !

L’après-midi, nous rencontrons de nouveaux équipages (Loustic, Meltem, World explorer) et l’accueil est très chaleureux. Manifestement, nous avons râté un apéro géant sur la plage la veille. Nos amis de Macajou arrivent le lendemain.



Nous passerons quelques jours sur cette île presque sauvage, même si chaque jour des touristes arrivent de Lanzarote pour y passer quelques heures.

Malheureusement, le temps n’aura pas été idéal. Un « coup de vent » est prévu pour la semaine. Beaucoup de voyageurs anticipent leur départ, nous resterons quand même, le mouillage est réputé pour être l’un des plus agréables des Canaries. Nous aurons 35 nœuds établis mais aucun bateau n’a de problèmes de tenue. Heureusement la plage est bien abritée du vent pour profiter de ce petit coin de paradis.



Au programme de ces quelques jours venteux : école, plage, les garçons sont ravis de retrouver de la liberté en allant batailler avec leurs copains dans ces étendues désertes de sable. Josse profite des jouets embarqués dériveur Tiwal, Kite…




Nous explorons aussi notre île : une jolie randonnée scabreuse sur notre premier volcan canarien. Clotaire manqua de s’envoler au sommet !




Nous avons aussi découvert le village atypique avec ses rues ensablées. Nous nous offrons une dégustation de poulpe et de papas arrugadas avec les Macajou!


En fin de séjour sur ce petit coin de sable isolé, malgré le vent et le froid, nous maintenons un BBQ plancha sur la plage avec nos amis de Macajou, Risorius et Blueway avant que nos chemins se séparent.



L’arrivée dans l’archipel des Canaries c’est aussi les appels journaliers à la VHF 16 relatant la dérive et la détresse d’embarcations de migrants depuis les côtes africaines. Derrière chaque appel, chaque jour, il a des vies humaines et nous en prenons pleinement conscience. Voir l'immensité de l'océan, ressentir la force des alizés, subir les mouvements de la houle ... et les imaginer sur leurs embarcations de fortune... Simplement aux Canaries, 800 morts ont été répertoriés depuis le début de l'année pour 9 000 qui sont arrivés sains et saufs . A la Graciosa, nous voyons un canot de sauveteurs tout temps canariens qui tracte à haute vitesse, une barque typique marocaine...



Après 9 jours hors du temps sur la Graciosa, le 2 octobre, il faut reprendre la mer pour nous rendre sur l'île voisine de Lanzarote. Nos amis de Macajou partent contourner la pointe Nord pour se rendre à Arrecife. Pour nous ce sera par l'Ouest pour aller au Sud de cette île vers Rubicon. Tout le monde est enthousiaste : durant notre navigation, l'avion de nos parents nous survolera pour nous retrouver...



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